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 Michel Chamillart,ministre,roi de france,chaspli,domain du plessis

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

( Le Château Du Plessis )

Chapitre II

L'administration de la guerre

Les réformes menées par Chamillart au sein du département de la guerre ne sont

pas comparables à celles qu'avaient mises en oeuvre Louvois et son père.

L'époque n'était plus au grandes réorganisations, et Chamillart se contenta

d'utiliser les cadres en place, en y insérant quelques nouveautés, telles qu'une

direction générale des vivres, qui ne lui survécut guère. En revanche, la fin du

règne de Louis XIV est une époque essentielle pour comprendre la naissance de

l'administration de la guerre. Réduite jusqu'alors à quelques premiers commis

choisis dans la clientèle du secrétaire d'Etat, celle-ci prit une importance

nouvelle. Après plusieurs modifications importantes dans les attributions des

bureaux, et la création d'un grand bureau chargé de l'ensemble des aspects

matériels liés à la marche des troupes, Chamillart promulgua en mars 1708,

quelques jours après sa démission du contrôle général, le premier texte officiel

réglementant le fonctionnement des bureaux de la guerre. Ce texte, qui donnait à

chaque premier commis des occupations précises, accordait en particulier une

place prépondérante au bureau de la correspondance. Parallèlement, le temps des

Chamillart est un moment important dans la définition du statut des commis de la

guerre, qui annonce celui des "pré-fonctionnaires" du XVIIIe siècle. Au sein de

chaque bureau, une hiérarchie de plus en plus nette sépare le premier commis,

chef de bureau, de ses subordonnés; cette hiérarchie apparaît également dans les

salaires et dans les avantages financiers dont tous bénéficient. Du point de vue

social, les premiers commis se différencient également. Issus parfois de

familles de robe réputées, souvent fortunées, ils peuvent obtenir des alliances

très honorables. En revanche, malgré la naissance progressive d'un véritable

esprit de corps, ils éprouvent encore le besoin de posséder une ou plusieurs

charges qui puissent leur assurer un revenu régulier et qui soient

transmissibles à leur descendance. Moins touchés par ce besoin, les simples

commis étaient en revanche très attachés à la promotion de leur famille au sein

des bureaux eux-mêmes: c'est ainsi que se créèrent dans les premières années du

XVIIIe siècle de véritables dynasties de commis, comprenant parents, frères et

cousins.

Chapitre III

La guerre et la politique étrangère

La guerre de Succession d'Espagne aurait dû entraîner une étroite collaboration

entre les deux départements de la guerre et des affaires étrangères. Mais peu

d'éléments rapprochaient leurs deux chefs, Chamillart et Torcy. Tous deux

s'opposèrent d'abord au sujet des affaires intérieures de la couronne espagnole.

Dès les premières années de la guerre, Chamillart s'efforça d'avoir dans la

péninsule des correspondants efficaces, à même de le renseigner sans qu'il ait

besoin de passer par Torcy. Mais la succession trop rapide des ambassadeurs de

Versailles à Madrid l'empêcha d'établir des relations suivies, et ses relations

avec Jean Orry, le plus influent des représentants français, furent orageuses.

Chamillart trouva finalement un ami en la personne de l'ambassadeur Amelot, mais

perdit sa confiance lorsque le roi ordonna, en 1709, le retrait des troupes

françaises. Sur le théâtre des opérations, Chamillart laissa donc la conduite

des affaires diplomatiques à Torcy, et se contenta de relations avec les chefs

de guerre.

 

Aux Pays-Bas, en revanche, la situation était plus ambiguë. Dès 1706, le

secrétaire d'État de la guerre, qui disposait d'innombrables informateurs sur

les frontières et dans les provinces du Nord du royaume, avait tenté d'imposer

des négociations en vue de la paix. La désastreuse campagne de 1708 le poussa à

renouer avec ses interlocuteurs, tandis que Torcy, de son côté, faisait de même.

Les deux ministres entretinrent chacun leur propre réseau d'informateurs,

jusqu'à ce que, au mois de février 1709, Louis XIV décide d'entrer dans les

négociations officielles par l'entremise du comte de Bergeyck, homme de

Chamillart ; le souverain jouait ainsi sur la concurrence de ses deux ministres,

et, préfiguration du “ secret du roi ”, se réservait le droit de choisir la voie

qui lui paraissait la plus sûre. Par le réseau qu'il avait monté, Chamillart fut

donc à l'origine des préliminaires de La Haye. Mais, dès que les négociations

furent officielles, le roi en confia la conduite à Torcy, et Chamillart rentra

dans l'ombre, se contentant désormais d'être tenu au courant, sans grandes

illusions, de l'évolution des pourparlers.

 

Troisième partie

La fortune de Michel Chamillart

 

Chapitre premier

Les bases de la fortune de chamillart

La fortune de Chamillart fut-elle aussi modeste que son envergure politique ?

Fils aîné de Guy Chamillart, le futur ministre reçut une part importante de la

succession de celui-ci, et l'accrut encore par son mariage avec

Élisabeth-Thérèse Le Rebours, fille unique d'un maître des comptes. Le montant

de sa fortune, toutefois, ne dépassait guère la moyenne de ceux de ses confrères

conseillers au Parlement de Paris. La position éminente de Chamillart lui valut

de s'occuper de la succession de plusieurs des membres de sa famille : celle de

son oncle Gaston Chamillart, puis celle de son frère Jean-François, évêque de

Senlis, lui rapportèrent chacune quelques dizaines de milliers de livres. Enfin,

des proches du ministre lui firent tout au long de sa vie des dons importants :

le plus généreux d'entre eux fut le financier Nicolas-Jérôme Herlaut. Enrichi

grâce à Chamillart, il légua au ministre et à son fils une fortune considérable,

constituée en grande partie d'immeubles de l'actuelle place Vendôme, mais des

difficultés imprévues poussèrent le ministre, alors disgracié, à se séparer de

la plus grande partie de cet héritage. En réalité, la fortune de Chamillart

résulte de l'exercice de ses charges successives et de la faveur royale bien

plus que de ses origines familiales. L'étude des appointements du ministre au

long de sa carrière montre un accroissement brutal de ses revenus à partir des

années 1690, et qui connut son sommet entre 1701 et 1708. Les livres de compte

de Chamillart permettent de calculer avec précision les revenus séparés du

contrôleur général des finances et du secrétaire d'État de la guerre et jettent

une lumière nouvelle sur la façon dont ces sommes étaient perçues. Avec un

revenu annuel proche de 250 000 livres par an, Chamillart touchait des sommes

tout à fait comparables à celles que recevait Colbert. Sa disgrâce, en 1709,

porta un coup dur à sa fortune ; mais le roi lui accorda une pension confortable

de 60 000 livres par an, qu'il put conserver jusqu'à sa mort. Si le temps des

grands ministres semblait définitivement passé, il est clair que le service du

roi enrichissait toujours, à la fin du règne comme au début, ceux qui s'y

adonnaient.

Chapitre II

La gestion de la fortune de chamillart

Avec de tels moyens, Chamillart pouvait envisager des opérations de grande

envergure. Dans les premières années de sa carrière, il se contenta d'acheter

puis de revendre les charges successives qui lui furent confiées. Prudent, il

prêta peu son argent, et resta généralement éloigné de la spéculation. C'est

finalement la pierre et la terre qui eurent le plus de valeur à ses yeux. Après

avoir quitté la rue des Bernardins, il s'était installé en 1691 dans le Marais.

Locataire successif de deux hôtels différents, il fit effectuer dans l'un

d'entre eux, situé rue Charlot, des travaux importants. À peine devenu ministre,

il se lança dans une grande opération immobilière autour de la place des

Victoires. Achetant coup sur coup de très nombreux terrains, il songea un moment

à s'y faire bâtir un hôtel. Mais il emménagea finalement, en 1703, dans l'hôtel

de Lorge, propriété de son gendre, qu'il modifia considérablement, tout en

revendant, avec une forte plus-value, l'essentiel des terrains qu'il avait

acquis. Il en conserva seulement une partie, qu'il laissa à son ami le financier

Mauricet de La Cour. Celui-ci y fit bâtir, sous la direction de l'architecte

Pierre Levé, un très vaste hôtel, surnommé “ hôtel de Travers ”, et probablement

destiné au ministre qui, toutefois, n'y habita jamais.

 

Chamillart fit aussi preuve d'une intense activité foncière. Héritier par son

père d'une terre en Normandie, il la revendit pour acheter le domaine de

Montfermeil, plus proche de Paris. La mort subite de Barbezieux lui donna

l'occasion d'acquérir la terre de l'Étang, située entre Paris et Versailles.

Pendant près de dix ans, Chamillart s'adonna avec passion à l'amélioration de ce

bâtiment à peine achevé, dont il fit presque une résidence principale. La

démission de 1708, puis la disgrâce de 1709, mirent fin à l'ensemble de ces

projets immobiliers : le ministre déchu céda une partie de l'Étang à Nicolas

Desmarest, avant de revendre le château lui-même à un démolisseur. Si le bilan

financier de ces multiples opérations ne fut pas négatif, elles laissent une

impression d'échec, ou en tout cas, d'une activité trop désordonnée pour être

efficace. Au lendemain de sa disgrâce, en effet, Chamillart ne possédait en

pleine propriété ni terre ni hôtel.

 

Chapitre III

Le déclin (1709-1721)

Après sa disgrâce, Chamillart visa d'abord des demeures moins ambitieuses : il

loua dans un premier temps un hôtel quai Malaquais, et acquit finalement, en

1712, un hôtel proche de Saint-Eustache, dans lequel il vécut jusqu'à sa mort.

Désireux de s'installer en province, il jeta son dévolu sur la terre de

Courcelles, entre Le Mans et La Flèche. Le château avait été rebâti au milieu du

XVIIe siècle, et offrait toutes les commodités nécessaires au ministre renvoyé .

Celui-ci y passa désormais toute la belle saison, s'attachant à agrandir ses

terres par une politique soutenue d'acquisitions, entretenant quelques relations

parmi la noblesse locale, et recevant régulièrement, pour tromper l'ennui, de

vieux amis parisiens. Les occupations quotidiennes de Chamillart sont mal

connues. Peu poussé vers les exercices intellectuels, le ministre avait un goût

certain pour l'art de la reliure, et ce goût fut ensuite repris par sa femme,

dont le nom est célèbre parmi les bibliophiles. Mais plusieurs documents inédits

montrent que Madame Chamillart fit relier les livres de son mari bien plus que

les siens propres, et nous apprennent le nom de son relieur, l'artiste

Louis-Joseph Dubois. Persona non grata à Versailles dans les premières années de

sa disgrâce, le ministre retrouva la faveur officielle du souverain en 1712.

Sans reprendre la vie de courtisan, il put exercer à nouveau sa charge de grand

trésorier de l'Ordre du Saint-Esprit, mais la revendit dès 1713. Malade, épuisé

physiquement, il eut la douleur de perdre en l'espace de deux ans trois de ses

quatre enfants. Son fils, le marquis de Cany, doté de la charge de grand

maréchal des logis de la Maison du roi, et sur qui reposaient tous les espoirs

du ministre, mourut en 1716, ne laissant que des enfants en bas âge. La duchesse

de Lorge et la duchesse de La Feuillade moururent au même moment. La fin de la

vie de Chamillart fut consacrée au règlement compliqué de sa succession puisque,

dès son vivant, le ministre avait laissé l'essentiel de ses biens à ses enfants

et petits-enfants. Il mourut au printemps de l'année 1721, oublié de son temps,

et fut inhumé auprès de ses aïeux, dans l'église Saint-Nicolas du Chardonnet. Sa

fortune, partagée plus de vingt ans après sa mort par ses héritiers, et qui

atteignait à peine 350 000 livres, n'était plus que le lointain reflet de la

brillante carrière qu'il avait menée.

 

Conclusion

La seule faveur du roi fit de Chamillart, modeste héritier d'un lignage mal

assuré, un ministre chargé pendant presque une décennie des deux départements

ministériels les plus importants du royaume. Il est donc possible de regarder ce

mal aimé de l'histoire comme le type même de ministre apprécié de Louis XIV.

Certes, il ne fit jamais preuve d'une très forte personnalité, et beaucoup de

ses entreprises, tant dans le domaine privé que public, furent des échecs

apparents. Mais ce caractère même de grand commis, administrateur dévoué et

compétent, en même temps qu'homme effacé, fait de lui un modèle de ministre

beaucoup plus crédible que celui qu'offrent Colbert ou Louvois. Capable et

intelligent, placé à une période essentielle qui voyait l'administration prendre

le pas sur les clientèles, et la France passer du Grand siècle au siècle des

Lumières, il sut faire face avec pragmatisme aux situations difficiles

auxquelles il était confronté. Par son absence de rayonnement, par son action

ministérielle marquée par d'importantes mesures administratives plutôt que par

des grands bouleversements, et, surtout, par la façon dont il considéra et

exerça ses fonctions, en relation avec les autres secrétaires d'État, Michel

Chamillart illustre mieux que tout autre les profondes transformations de l'État

royal à l'aube du XVIIIe siècle.

 

 

Pièces justificatives

Inventaire de la bibliothèque des Chamillart. ­ Correspondance échangée entre

Chamillart et la maréchale de Noailles. ­ Déclaration relative à l'hôtel de

Travers. ­ Règlement sur l'organisation des bureaux de la guerre de mars 1708 et

différents documents relatifs aux commis des bureaux de la guerre.

Annexes

Dictionnaire prosopographique des commis des bureaux de la gu